dimanche 20 avril 2008

Dans les abîmes des Abîmes du Temps


Comment ai-je été amenée à dessiner "Le temps volé", septième et dernier album des "Abîmes du Temps" ?

Ecrit par Rodolphe (qu'on ne présente plus, mais quand même), le premier volume est paru en 1991 chez Dargaud, sous le titre "Dock 21", qui devient le titre générique des quatre albums suivants (achevés respectivement en 1992, 1993, 1997 et 1998). C'est Alain Mounier (voir sa bio) qui en assure le dessin et Marie-Paule Alluard la mise en couleurs, de plus en plus somptueuse au fil des albums (voir sa fiche sur Wikipédia).

Première péripétie : pour des raisons que j'ignore, Albin Michel reprend la série, la réédite sous le titre générique "Les Abîmes du Temps" et avec de nouvelles couvertures pour les cinq premiers titres. Un sixième album, inédit chez Dargaud, sort en 2003 : "Le Monde truqué", mis en couleurs par Geneviève Penloup.

Deuxième péripétie : Mounier quitte le navire, laissant Rodolphe et Albin Michel avec une série inachevée sur les bras !
C'est le moment que je choisis pour rencontrer Gisèle de Haan, alors éditrice chez Albin. On est à l'automne 2004, j'ai entendu dire qu'une collection de polars en BD était en projet ; ayant renoué avec ce genre en dessinant "Les Jarnaqueurs", un Poulpe qui sortira en janvier 2005, je tente ma chance.
Finalement, on ne fera pas affaire, du moins pour ce projet-là : Gisèle de Haan me propose en effet de reprendre "Les Abîmes du Temps" pour finir la série.
Redoutable challenge : il faudra que je m'inscrive dans une certaine continuité graphique avec le dessin de Mounier. Ce dessin est à la fois discret, et d'un réalisme très fouillé, inhabituel pour moi, qui pratique plutôt un réalisme approximatif. Très peu de nouveaux personnages apparaissent dans le dernier album, je suis là aussi tenue d'être fidèle aux personnages créés par Mounier. Enfin, cette ultime aventure, où le mystère de l'homme en noir apparu au tome 6 est élucidé, cite abondamment des scènes des six précédents titres !

Mission quasiment impossible que je m'empresse d'accepter par goût du risque ou masochisme, je laisse cela à l'appréciation des gens qui me connaissent bien...

L'année 2005 est donc consacrée en grande partie aux vies antérieures de Jack Forster, le personnage attachant créé par Rodolphe, ballotté entre son amnésie et ses cauchemars récurrents. Comme je démarre "Jean Monnet, bâtisseur d'Europe" cette même année, je finis "Le Temps Volé" en janvier 2006.
Je tiens à saluer le remarquable travail accompli par Geneviève Penloup (voir son travail de peintre ) pour ce dernier tome, qui n'est pas encore au bout de ses peines !







Car, dernière péripétie : alors que la sortie est prévue pour septembre 2006, j'apprends qu'Albin Michel BD est mis en vente par la maison mère. Initialement prévu par Soleil, ce rachat sera finalement effectué par Glénat, mais aura duré un an, durant lequel l'album ne sort toujours pas. C'est chose faite depuis quelques jours, sous le nouveau label Vent des Savanes créé par Glénat pour accueillir le catalogue Albin.

Il ne reste plus qu'à faire une bande dessinée avec les aventures de cette série et ses multiples rebondissements. Et j'ai déjà le titre : "1992-2008, les Abîmes du Temps".

Collection Aventure
Format : 240 mm x 320 mm
48 pages
Paru en avril 2008
Prix : 12.50 €
Voir les 10 premières pages sur le site de Glénat/Drugstore

dimanche 6 avril 2008

La musique vaut-elle le dérangement ?


C'est le thème provocateur du numéro 21 des Allumés du Jazz, dont j'ai eu le plaisir de réaliser l'illustration de couverture. C'était formulé un peu différemment au départ : "Qu'est-ce que la musique peut encore nous apporter ?", m'avait susurré Jean Rochard, l'un des rédacteurs en chef, à l'oreille (via combiné téléphonique). On le voit, je ne suis pas allée chercher bien loin l'oreille ici représentée. Je réalise à l'instant qu'ainsi allongée à l'horizontale, formant relief labyrinthique dans une dune, cette malheureuse oreille risque fort de se retrouver ensablée, un comble !
Les Allumés du Jazz, pour ceux qui ne connaîtraient pas, "c'est le premier endroit où se retrouvent des labels de production de jazz indépendants de toutes obédiences et d'orientations fort diverses. Tout y est envisagé, depuis la plus profonde tradition jusqu'à la plus extrême modernité. Tous les courants y sont représentés. Au-delà, cette disposition prépare l'avenir pour un accueil sans peur d'autres formes connues et inconnues". Le journal éponyme est une "sacrée publication à la périodicité diablement aléatoire saluée par toute la profession..." (les citations sont extraites du site, cliquez ici pour vous y rendre). Quelle modestie ! Car c'est surtout un journal où l'on peut lire des textes magnifiques et engagés, consacrés au jazz, bien sûr, mais aussi à la musique en général, au cinéma, à la littérature, bref à la culture : une sacrée publication, en effet, au contenu diablement politique, qui résiste avec panache à l'abrutissement ambiant.
Non, vous ne la trouverez pas en kiosque. Déçus ? Il suffit de vous y abonner, et c'est gratuit ! Décidément, ces "Allumés"-là portent bien leur nom...

Pour le plaisir de yeux, je mets les illustrations que j'ai réalisées pour les numéros 19 et 20, sur deux articles de Jean-Louis Wiart. Son nom vous dit quelque chose à juste titre : il dirige la maison de production Axolotl Jazz, pour laquelle j'ai fait une pochette de CD (voir post du 16 mars).



"La femme aux gants" (Allumés du Jazz #20) rend hommage à la chanteuse Anita O'Day, décédée quelques mois auparavant, et évoque en particulier son apparition en capeline et gants blancs au Festival 1958 de Newport.


"Lire" (Allumés du Jazz #19) est un plaidoyer superbe et superbement écrit pour la lecture.